Les low-techs : kézako ?

Les low-techs : kézako ?

La low-tech (littéralement basse technologie en français) est un ensemble d’outils et de techniques simples, économiques et écologiques. Les low-techs sont pensées pour répondre aux besoins vitaux des populations : accès à l’énergie, à l’alimentation, à l’eau potable, aux déplacements des êtres humains, etc.

Photo by Markus Spiske

Une nouvelle philosophie

Les low-techs s’inscrivent dans une philosophie de vie où il ne s’agit pas de surconsommer pour répondre au moindre de ses besoins ni de se rendre dépendant d’outils complexes et plus ou moins fiables, issus des high-techs. Au contraire, les objectifs sont de gagner en résilience et en autonomie, tout en considérant nos besoins en technologie de la manière la plus simple possible… Ou encore de réduire ses besoins !

La philosophie low-tech en tant que telle n’est pas totalement incompatible avec l’industrie. Prenons l’exemple du vélo : il est difficile à construire et nécessite de nombreux matériaux et minerais, et de nombreuses machines et procédés qu’un·e simple cycliste saurait difficilement improviser. Mais une fois construit, il est facilement réparable avec des pièces détachées, ne nécessite pas de carburant et il permet de répondre à un besoin en déplacement. S’il est bien entretenu, un vélo est quasiment inusable et correspond totalement à la logique d’autonomie, de résilience et d’écologie propre aux low-techs. Low-tech ne rime donc pas du tout avec technologie rétrograde : il est hors de question de retourner à l’âge de pierre et de taper frénétiquement deux silex entre eux ! Les solutions restent plus simples, mais peuvent être utilisées pour des besoins complexes : générer de l’électricité avec une éolienne low-tech faite de récupérations par exemple.

Une fois construites, les pièces d’un vélo sont pratiquement inusables, si bien entretenues ! Il reste tout de même difficile de les fabriquer à la main sans processus industriel…

Photo by Florencia Viadana on Unsplash

Des impacts écologiques amoindris

Concernant les outils low-techs, leurs impacts écologiques sont naturellement réduits, de par leur utilisation (raisonnée) et de par leur conception (recyclée). Ils sont en effet peu coûteux et généralement construits à base de matériaux de récupération. Les intérêts sont divers : économie de moyens financiers et conscience écologique notamment. Souvent, les low-techs n’utilisent pas d’énergies fossiles pour fonctionner.

Les inventeur·trice·s cherchent à résoudre des problématiques concrètes de société le plus simplement et efficacement possible. L’optique n’est pas consumériste ni capitaliste, il ne s’agit pas de fabriquer des outils innovants pour les vendre. Les concepteur·trice·s rendent d’ailleurs souvent les plans de leurs inventions publics et gratuits, afin de les diffuser et permettre au citoyen ou à la citoyenne lambda de concevoir à son tour son outil… Et même de l’améliorer. Les personnes intéressées par un outil devront souvent mettre la main à la pâte et le construire elles-mêmes : le savoir-faire humain est privilégié. C’est d’ailleurs un bon moyen de réfléchir à la base du besoin, les outils sont rarement triviaux à fabriquer et le temps passé à la construction doit être rentabilisé. Ces technologies participent au bien commun : elles peuvent permettre d’améliorer la productivité d’un·e paysan·ne grâce à des outils plus ergonomiques, permettre de potabiliser l’eau (exemple avec ce filtre à eau en céramique), de conserver les aliments et bien plus encore.

Les acteur·trice·s du low-tech, concepteur·trice·s et utilisateur·trice·s, sont lié·e·s par cette envie de répondre à leur propre besoin de la manière la plus autonome et responsable possible. Ils/Elles reprennent doucement contrôle de leur environnement matériel. Aujourd’hui, combien sommes-nous à savoir réparer un ordinateur ? Et combien sommes-nous à être entièrement dépendant de cet espace numérique ? L’artisan·ne low-tech est capable de construire et réparer son outil, de l’améliorer et de cette manière garde son entière maitrise.

Exemple de low-techs et leurs usages à travers le monde

On trouve différentes low-techs à travers le monde. Comme ces technologies sont par définition locales, elles s’adaptent aux besoins des populations sur un endroit donné. Cela dépend aussi des matières premières présentes sur place pour la production des technologies : qu’utiliser et que recycler pour créer un outil ?

En Europe, le développement de low-tech agricole est en marche. Plus particulièrement, l’atelier paysan met à disposition en France depuis quelques années des plans de machines agricoles low-techs. Ces dernières peuvent être construites par les paysan·ne·s intéressé·e·s lors de stages organisés par l’atelier, ou en complète autonomie si leur niveau technique est suffisant. Les outils sont ensuite facilement réparables et adaptables aux besoins spécifiques de chacun·e. Ces plans sont open source : cela signifie qu’ils sont mis à l’entière disposition de la communauté et que chaque personne peut les adapter à ses besoins gratuitement. 

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L’atelier paysan permet aux agriculteur·trice·s de contruire leur propre machine agricoles. Ci-dessus, un exemple d’appareil à désherbage

Source: flickr de l’atelier paysan

Un engouement pour les tiny houses écologiques se fait également ressentir. Les tinyers construisent eux-mêmes des maisons de 20-25m² sur remorque et prônent un mode de vie simple et minimaliste – et cela se rapproche des principes low-techs. De nombreuses expérimentations ont étés effectuées par deux aficionados des low techs (voir cette page sur les habitats pilote du low-tech lab). L’objectif était de documenter les techniques et technologies à mettre en oeuvre pour limiter l’impact de son logement sur l’environnement. Les techniques sont diverses : utilisation de l’eau, conservation des aliments, recyclage de l’eau dans la douche, etc.

Photo by Andrea Davis on Unsplash

Sur le continent africain, le recyclage est de mise : le manque de moyens et d’infrastructures pousse les inventeur·trice·s à constamment innover pour avancer. Fours solaires aluminés, éoliennes recyclées, rien n’arrête leur créativité pour améliorer leurs conditions de vie avec les moyens du bord. Au Sénégal, des inventeur·trice·s ont cherché à démocratiser l’accès à l’électricité, encore difficile dans cette région du monde. Les concepteur·trice·s ont recyclé des moteurs d’imprimante, des moyeux de voitures, des tubes en métal et des pédaliers de vélo pour fabriquer une éolienne. Ces matériaux étaient disponibles sur place (à l’instar de la bobine aimantée qui génère habituellement l’électricité, qui n’était pas facilement disponible, car trop complexe). Et après 5 jours de travail, l’élaboration du prototype était complet pour des prix défiants toute concurrence !

Sources : Un tutoriel low-tech labun reportage sur medium.

L’éolienne low tech, par le low-tech lab

La question de l’ordinateur est importante dans cet écosystème. En effet, il est plus facile de chercher des plans, communiquer et créer des low-techs avec cet outil qui a pris une part de lion dans notre quotidien depuis les trois dernières décennies. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe aussi des ordinateurs low-techs. Le plus connu est le raspberry pi : cet ordinateur fait la taille d’une carte de crédit et est très peu coûteux à produire. Il est assez puissant pour une utilisation assez avancée, fonctionne sur un système d’exploitation libre et gratuit, et peut même être intégré aux sein même des low techs : sa petite taille permet de le glisser partout ou un ordinateur est nécessaire, pour commander des mouvements d’un automate agricole par exemple. Les possibilités offertes par ce dispositif semblent sans limites.

Ci-contre, photo d’un micro ordinateur Raspberry pi, photo par Jeff Loucks on Unsplash

Les mots clefs des low-techs

  • Autonomie : être capable de fabriquer, réparer, recycler soi-même ses propres outils
  • Ingéniosité : répondre à un besoin de manière créative et très adaptée
  • Écologie : ne pas (trop) polluer en fabriquant un outil
  • Économie : se baser sur le recyclage et sur l’utilisation de ressources disponibles, pour économiser de l’argent et épargner la planète
  • Communauté : créer pour et par la communauté, améliorer et communiquer autour des créations
  • Transition : les acteur·trice·s des low-tech croient à un avenir fait de sobriété et de simplicité pour améliorer les conditions de vie

Pour aller plus loin

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Tuto : planter de l’artémisia annua

Tuto : planter de l’artémisia annua

L’artémisia annua (sweet wormwood en anglais) est une plante annuelle, naturellement présente en Asie (notamment en Chine). Ses vertus médicinales sont connues et utilisées depuis des milliers d’années, et il serait dommage que l’on se prive !
La plante pourrait en effet traiter des infections telles que la malaria, la babésiose… Ou encore lutter contre le cancer !

Si vous voulez en apprendre plus sur cette plante, nous vous invitons à lire notre article sur l’artémisia, bientôt disponible.
En attendant, nous vous proposons ici un tutoriel pour planter vous-même votre artémisia chez vous.

Avant propos

  • La culture de l’artémisia en France est autorisée, mais son utilisation en tant que complément alimentaire ou médicament ne l’est pas. En apprendre plus sur le blog de kokopelli, section situation légale de l’artemisia.
  • Nous déclinons toute responsabilité de l’utilisation que vous ferez de votre artémisia une fois récoltée. Nous vous conseillons de bien vous renseigner sur cette plante et ses usages avant de la cultiver.
  • Ce tutoriel est militant : nous diffusons fièrement la campagne du site kokopelli pour libérer les plantes médicinales. Plus d’information ici.

Comment planter son artemisia

Où et quand semer ?

Vous pouvez semer l’artémisia annua en intérieur, pourvu que vous placiez le bac à semis dans un endroit lumineux. Il est également possible de le semer en extérieur sous un abri. Si vous semez en extérieur, n’oubliez pas de protéger votre bac avec un filet pour éviter les insectes ou oiseaux qui picorent les grains :).

L’artémisia annua prendra plus de temps à germer en hiver. Les graines germent en entre 5 jours et quelques semaines, en fonction de la saison et des conditions climatiques.

Se procurer des graines d’artémisia

Les graines de l’artémisia sont vraiment minuscules ! Il peut y avoir entre jusqu’à 8000 par g.

Graines d’artémisia annua dans la main de Colin

Les graines d’artémisia peuvent être achetées sur internet, une simple recherche Google pouvant vous permettre de comparer différents fournisseurs (www.le-jardin-ethnobotanique.fr, etc.).
Il y a fort à parier que du fait de l’interdiction de sa consommation en France, vous aurez des difficultés à en trouver dans un commerce avec pignon sur rue.

Ou sinon, rendez-vous sur le site de kokopelli pour participer à votre tour à la campagne de diffusion de l’artémisia !

Le matériel

Pour ce tutoriel, vous aurez besoin :

  • D’un peu de terreau et/ou de terre ;
  • (optionnel) Un tamis, pour retirer les impuretés de la terre ;
  • D’eau, pour humidifier la terre ;
  • D’un vaporisateur, pour vaporiser (hé oui…) ;
  • D’une poignée de sable, pour pouvoir y voir plus clair lors du semis ;
  • D’un bac en plastique, conçu pour la germination (ou de récupération comme nous : un ancien fond de bac à chat a fait l’affaire) ;
  • D’une cale en bois (ou équivalent), pour tasser la terre
  • Évidemment, des graines d’artémisia 🙂

La préparation de la terre

Avant de semer votre artémisia, il est préférable de s’assurer que la terre ait le moins d’impureté possible. Si possible, utilisez votre tamis pour homogénéiser le mélange. Notre tamis n’étant pas très fin, nous avons trié la terre manuellement.

Une fois le mélange homogène, il s’agit d’humidifier la terre. Ajoutez pour cela suffisamment d’eau pour la rendre bien humide (mais pas trop : on ne veut pas travailler dans de la bouillasse !).

Semer

Pour semer proprement, puisque les graines d’artémisia annua sont de taille minuscule, il est conseillé de mélanger les graines avec deux trois pincées de sable. Le sable rendra vos semis visibles, il sera plus facile d’être constant durant le semage.

Après avoir semé vos graines d’artémisia, tassez doucement la terre avec la cale de bois. Il est important que les graines d’artémisia restent en surface, elles germeront plus facilement.

Tassez la terre avec la cale en bois, mais pas trop

Colin qui tasse la terre avec la cale en bois sans trop appuyer

Puis, vaporisez de l’eau sur la terre pour la touche finale.

Pulvérisez votre bac de culture d'assez haut pour éviter le ruissellement

Pulvérisation d’eau sur le bac de culture d’artémisia annua

L’arrosage journalier

Nous vous recommandons de brumiser vos bébés plans d’artémisia deux fois par jour, une le matin et une le soir. Il ne faut pas trop arroser, et éviter tout ruissellement.

Aussi, il faut placer le bac des semis à proximité d’une source de lumière directe (par exemple, derrière une fenêtre !)

Placez votre bac de culture d'artémisia annua près d'une fenêtre à la lumière

Un bac de culture d’artémisia près d’une fenêtre, la position idéale pour planter en intérieur

L’évolution des semis au cours du temps

Nous allons ajouter dans cette section des photos de l’évolution de nos semis au cours du temps. 🙂

Comment déguster votre artémisia

Une fois qu’elle est récoltée, l’artémisia peut être consommée de plusieurs façons.

Il est par exemple possible d’utiliser un extracteur de jus pour récupérer le jus de l’artémisia annua ; une cuillère à soupe suffit pour la consommation d’une journée, diluée dans de l’eau ou dans un jus de fruits.

Colin la consomme sous forme de tisane : une fois séchée et broyée, il est possible de suivre différents protocoles durant plusieurs semaines, consommée de manière quotidienne.

L’artémisia annua séchée et broyée dans un récipient en plastique

Le protocole de base suivi par Colin pour un traitement contre la babésiose (donné à titre d’information — ceci n’est en aucun cas une prescription médicale !) est de faire infuser 5 grammes d’artémisia annua séchée pendant 15 minutes dans 1 litre d’eau bouillante, à consommer au long de la journée pendant 1 semaine ; puis, 3 grammes d’artémisia dans 500 ml d’eau pendant 4 semaines. Enfin, faire 2 semaines de pause puis recommencer le protocole en entier si besoin. (Pour information, la babésiose est un parasite du sang semblable au paludisme qui se transmet à l’homme par des piqures de tiques.)

Il est également possible de se procurer de l’artémisia séchée dans les herboristes chinois à Paris dans le 13e arrondissement (et probablement dans la plupart des herboristeries traditionnelles !)

La tisane d’artémisia à un petit gout amer assez caractéristique, mais il est facile de s’y habituer au fil des semaines. On notera que le breuvage s’oxyde et fonce au fil de la journée dans le thermos.

Plus de protocoles disponibles sur le blog de kokopelli. Dans ces protocoles, ce n’est pas tant la quantité d’artémisia annua qui est utilisée pour les infusions qui est importante, mais également le mode de consommation. Il faut en effet boire la tisane dans un thermos tout au long de la journée, pour que les effets restent constants.

Un verre de tisane d’artémisia annua

Pour aller plus loin

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Agroforesterie : kézako ?

Agroforesterie : kézako ?

L’agroforesterie est l’implantation par les agriculteur·trice·s sur leurs parcelles (de culture ou d’élevage) d’essences forestières (en résumé : des arbres). Les plantes peuvent être complémentaires et mieux pousser en symbiose.

Les motivations d’un·e agriculteur·trice quand il·elle s’installe en agroforesterie peuvent être multiples : diversifier ses sources de revenus, préparer le financement de sa retraite, ou encore augmenter la productivité d’un de ses sols devenus moins fertiles au fil des années. Les rendements culturaux peuvent en effet être augmentés, ce qui se traduit par moins de charges pour l’agriculteur (moins d’engrais et d’irrigation) et donc par des avantages économiques et écologiques.

L’agroforesterie se décline en mille et une techniques et relève d’un art complexe. Mais l’expérience prime et permet aux agriculteur·trice·s d’obtenir des revenus similaires, voire supérieurs, lorsqu’ils connaissent les méthodes adaptées à leurs terres. Des exemples classiques d’agroforesterie pourraient être la culture de noyers en rangs dans les champs de blé ou les vergers potagers avec plusieurs arbres fruitiers entourés de légumes et de céréales.

Un petit peu d’histoire

Des propriétés naturelles

L’agroforesterie repose sur les propriétés naturelles des plantes. Dans la nature, les végétaux poussent rarement seuls : la richesse des forêts vierges nous donne une idée de cette diversité. Les écosystèmes se sont constitués sur plusieurs millions d’années. Les végétaux complémentaires se sont développés en symbiose : l’un fournissant de l’ombre, l’autre de la fraîcheur… Ces heureux mariages permettent souvent à la nature de produire des fruits et légumes en plus grande quantité ; la complémentarité des végétaux augmentant la productivité.

Parmi les principales raisons de la complémentarité de certaines plantes, on peut citer :

  • la manière de pousser de l’une qui peut aider la seconde à croître : le maïs fournit par exemple un excellent tuteur aux haricots ;
  • le fait que l’une des deux plantes repousse les insectes prédateurs de sa protégée et inversement : certaines plantes sont hôtes d’insectes ou d’animaux auxiliaires ;
  • des plantes (tubercules par exemple) libèrent de l’azote en se décomposant dans le sol, azote utile et nécessaire à la croissance de leurs voisines;
  • certaines plantations libèrent des substances intéressantes à d’autres dans la terre.

Une histoire millénaire

Jusqu’à la découverte de l’agriculture (8000 av. J.-C.) et la sédentarisation des humains, les peuplades de chasseurs-cueilleurs tiraient profit de cette organisation naturelle. Puis, l’humain prit peu à peu l’habitude de cultiver les céréales en monoculture, en supprimant ces liens naturels et si profitables entre les végétaux.

On trouve tout de même une trace de l’agroforesterie dès l’antiquité, où les céréales étaient plantées à proximité des oliviers en méditerranée. Le moyen âge est aussi propice à ce mode de culture, utilisé au profit de la monoculture. On imagine facilement que pour les cultures vivrières, disposer d’une diversité de culture était salutaire pour l’alimentation des hommes.

C’est dans le milieu du XXe siècle que les agriculteur·trice·s ont commencé à travailler la terre en monocultures massives. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les agriculteur·trice·s étaient en effet largement incités par les politiques européennes à surproduire. À cette époque, les pesticides n’étaient pas très coûteux, fonctionnaient bien et les machines agricoles se sont démocratisées. Les rendements ont rapidement explosé et ont alors permis à la population de croître rapidement.

Malheureusement, ces procédés de production ont participé au déclin de la biodiversité, en supprimant peu à peu les arbres et végétaux présents sur les sites pour simplifier le passage de grandes machines agricoles. Ce phénomène s’est amplifié au XXIe siècle en Europe, notamment pour des raisons administratives lors du déploiement de la Politique Agricole Commune.

Photo par meriç tuna

De nouvelles problématiques

Le problème, c’est que depuis quelques années, les champignons et maladies sont biens plus résistants, les produits chimiques bien plus complexes, plus chers — et leur dangerosité est désormais plus connue… Paradoxalement, plus nous utilisons des pesticides, plus nous en avons besoin pour produire, c’est un cercle vicieux.

Certains agriculteur·trice·s ont alors eu l’idée d’intercaler des rangs d’arbres (à bois ou à fruits) en plein cœur de leurs monocultures (fruits et légumes, céréales, ou autre). Ils miment l’organisation naturelle des paysages d’antan. Ce sont souvent des rangs d’arbres espacés d’une quinzaine de mètres, avec un arbre tous les dix-quinze mètres : noyers, arbres fruitiers, bois précieux, etc. Les arbres retirent un peu de surface cultivable, car les machines agricoles ne peuvent pas passer entre eux.

Les agriculteur·trice·s se sont vite rendu compte des bienfaits de ces modes de culture remis au goût du jour : si les arbres mettent du temps à pousser, mais les conséquences pour le sol se font néanmoins sentir rapidement. Les racines des arbres favorisent la rétention d’eau des sols et limitent l’érosion ; elles permettent aussi de puiser l’eau plus profondément dans la terre. Les arbres aident les insectes auxiliaires (ceux utiles aux cultures, prédateurs naturels des parasites, fertilisateurs des sols, etc.) à se multiplier. Les besoins en produits chimiques sont alors amoindris par ce nouvel écosystème favorable et la productivité des sols améliorée. Les besoins en intrant sont diminués : eau, fertilisants, produits chimiques… Les pertes éventuelles de terrain cultivable sont donc très souvent compensées par le regain de productivité des sols.

 

Des exemples d’agroforesterie, tirés du site https://wikimedia.org

Un nouveau paradigme

Les agriculteur·trice·s rentrent dans un nouveau paradigme de culture: non seulement les coûts d’exploitation sont réduits, mais les arbres plantés sont valorisables. À moyen terme, leurs fruits peuvent être utilisés et vendus, ainsi que le bois de l’arbre après quelques dizaines d’années. Un noyer de quarante ans peut par exemple se vendre à 1500 euros l’unité pour l’exploitation de son bois. On comprend rapidement que l’investissement sur le long terme pourra permettre à certains agriculteur·trice·s de financer leur retraite.

Il est à noter que l’agroforesterie jouera a priori un rôle assez important pour le changement climatique. Les arbres recréent en effet un écosystème et créent une zone protectrice contre les aléas climatiques :

  • concernant la sécheresse, les arbres aident à la restructuration des sols en créant des porosités qui favorisent l’absorption de l’eau ; ils jouent donc aussi un rôle dans la rétention de l’eau et réduisent la chaleur sur les terrains.
  • concernant les tempêtes, les arbres peuvent avoir un effet coupe-vent, le vent pouvant coucher les céréales et baisser les rendements.

L’agroforesterie a un double rôle d’adaptation de l’agriculture au changement climatique (en rendant les systèmes plus résilients) et d’atténuation du changement climatique (en faisant office de puits de carbone).

Photo par Kai Pilger

Mise en pratique

Il existe des milliers de techniques d’agroforesterie différentes — une par terrain à exploiter, chacun ayant ses spécificités, son type de terre. Les principes généraux s’appliquent très souvent, mais l’expérimentation et l’apprentissage de son terrain priment pour l’exploitant. Parmi les paramètres à prendre en compte, on retrouve :

  • la stratégie de plantation : par exemple, dans le cas d’une plantation de blé et noyers, il peut être judicieux de planter le blé en hiver pour avoir plus d’ensoleillement (plus de feuille dans les arbres) ;
  • le choix de l’essence d’arbre à planter, qui relève d’une synergie entre les besoins de l’agriculteur·trice à un instant donné et les possibilités offertes par la nature et par les conditions climatiques (actuelles… et futures — l’essence de l’arbre doit être adaptée au climat de dans 15 années en prenant en considération le réchauffement climatique). Les questions que peut se poser l’exploitant·e sont nombreuses : souhaite-t-il·elle valoriser les fruits ? Plutôt le bois précieux après des années de pousse ? Quelles ont étés les stratégies employées par les exploitant·e·s précédent·e·s ? Les réponses influenceront fortement la réflexion et la conception du projet.
  • entretien : en agroforesterie, prendre soin de ses arbres est une évidence. L’exploitant·e doit se charger de les tailler pour leur assurer une croissance lente et stable, s’assurer de leur santé… Mais il ne doit pas en faire trop : l’arbre doit rester autonome et résilient. Par exemple, il faut éviter d’irriguer un arbre, de le tuteurer à outrance, etc. L’objectif est réellement de renforcer un écosystème, non pas de le perfuser.
  • les alliages de plantes : les forêts comestibles [2 p. 49] peuvent parfois compter plus de 300 espèces par hectare et sont réellement productives. Il ne faut pas limiter sa créativité… Tant que le terrain le permet  !

Enfin, il est à noter que l’agroforesterie n’est pas nécessairement biologique et peut être mise en place en agriculture conventionnelle.

Les mots clefs de l’agroforesterie

– Complémentarité : chaque plante dispose d’alliers naturels puissants
– Productivité : elle peut augmenter de 30 à 60% ! [1]
– Diversité : par opposition à la monoculture, les productions sont plus variées pour l’exploitant·e
– Fertilité : l’agroforesterie est bénéfique pour les sols très rapidement
– Biodiversité : les insectes auxiliaires et la vie en général vont se développer rapidement et dans de meilleures conditions
– Lutte contre le changement climatique : les arbres sont des puits de carbone très efficaces et ajoutent de la résilience aux systèmes agricoles

L’infographie qui résume tout

Pour aller plus loin

Des sites qu’on aime bien

https://www.agroforesterie.fr/agroforesterie-contributions.php : pour une définition de l’agroforesterie en 10 points et un schéma très clair smile

http://www.fao.org/3/i1861f/i1861f08.pdf : un cours très complet pour absolument tout savoir sur l’application de l’agroforesterie en Afrique, notemment pour lutter contre le réchauffement climatique !

Références

[1] : https://www.agriculture-nouvelle.fr/agroforesterie/

[2] : Dupraz, Christian, and Fabien Liagre. Agroforesterie: des arbres et des cultures. France Agricole Editions, 2008. 

[3] : https://infographies.agriculture.gouv.fr/post/98304007262 : Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt © Les infographies 2014–2020