Cultiver le toit des collèges avec Veni Verdi

Cultiver le toit des collèges avec Veni Verdi

Cultiver en ville, notamment dans une ville à très forte densité comme Paris, représente à la fois un défi technique et des enjeux environnementaux, alimentaires et sociaux forts. Sur le toit de collèges parisiens, l’association Veni Verdi crée des potagers urbains et vise à stimuler dès le plus jeune âge le rapport du citadin au végétal, à son alimentation et à la société.

Comment cultiver sur un toit ? Pourquoi cultiver sur un établissement scolaire ? J’ai rencontré Théodore, responsable du potager du collège Germaine Tillion, dans le 12e arrondissement de Paris.

Excursion sur le toit du collège Germaine Tillion

Veni Verdi, kézaco ?

L’association

Veni Verdi est une association qui crée des jardins en milieu urbain, dans un but de formation et de partage. Depuis 2010, plusieurs potagers et micro-fermes (dont cinq en milieu scolaire) ont été montés et animés par l’association, ses responsables de site, les élèves et les bénévoles.

Au-delà de l’aménagement de jardins urbains, les activités de l’association sont variées :

  • animations pédagogiques dans les écoles et collèges
  • vente de la production
  • aide à la création de jardins partagés pour les collectivités et les bailleurs sociaux
  • formations découvertes ou professionnalisantes, autour de la biologie végétale et de l’agriculture urbaine (plus de détails sur leur site internet)

Les sites

Les sites se situent à Paris et se répartissent principalement dans l’est de la ville. Si les sites sont gérés par des responsables différent·e·s, ils ont tous en commun la même logique de culture (aucun intrant chimique) et leur raison d’être réside dans le partage et la pédagogie.

J’ai visité celui du collège Germaine Tillion, dans le 12e arrondissement et j’y ai rencontré Théodore, en charge du développement et de l’animation de ce jardi. Après une formation en économie et des expériences dans la culture, il cherchait à travailler dans l’agriculture : il a d’abord rejoint l’association Veni Verdi en qualité de bénévole, puis service civique, avant d’être salarié et responsable du site. Il est accompagné de Thomas, qui vient de débuter un service civique.

Plan des établissements scolaires verdis par l’association.
Source : Veni Verdi

RDV sur le toît du collège Germaine Tillion

Le potager se situe à l’intérieur du collège, sur le toit de l’établissement. Les 1130m² se répartissent sur plusieurs niveaux, dont la moitié a déjà été aménagée. Le toit du collège a été proposé par la ville de Paris en 2018, lors de la deuxième session de l’appel à projet Parisculteurs, programme qui vise à végétaliser la ville de Paris.

Veni Verdi a remporté l’appel d’offre grâce à son projet mêlant agriculture et pédagogie et ses expériences d’agricultures urbaines en milieu scolaire.

Après des travaux entre 2018 et 2019, l’installation a pu commencer en mai 2019. Il y a eu quelques récoltes l’an dernier et Théodore entame sa première saison complète cette année.

Comment cultiver sur un toit ?

Cultiver en ville

Cultiver en ville n’est pas un phénomène nouveau, l’agriculture étant essentielle à l’activité humaine et ayant permis la sédentarisation. La nouveauté concerne davantage les nouvelles formes et nouveaux espaces d’agriculture urbaine, comme les toits.

Ce retour à la ville s’accompagne en effet de contraintes : le foncier est cher, il y a peu d’espace, les terres peuvent être polluées par les activités humaines et industrielles. Avant de cultiver en pleine terre, il convient de se renseigner sur l’historique du sol et de faire une analyse des polluants pouvant se retrouver dans les fruits et légumes consommés.

En sol ou sur un toit, il faut également surveiller la qualité de l’eau d’irrigation : l’eau récupérée peut avoir ruisselé sur les toitures en zinc et être chargée en pollution. Idem pour le compost : il faut éviter de composter les plantes polluées, même s’il est efficace pour se débarasser de certains polluants.

Si vous souhaitez creuser plus en détail ce sujet, fablabo y a consacré un article très complet et passionnant ! Nous allons également bientôt dédier un article à l’agriculture urbaine 🙂

Spécificités de la culture en toit

En plus des contraintes inhérentes à la ville, cultiver sur un toit nécessite un véritable aménagement. D’importants travaux ont par exemple été réalisés pour préserver l’étanchéité du toît. La portance est également à prendre en compte : il faut répartir le poids sur le toit et choisir un substrat (un mélange de terre) qui n’est pas trop lourd. À Germaine Tillion, le choix s’est porté sur une association de broyat (bois broyé) et de compost, plus léger que la terre, provenant de plateformes qui recyclent les déchets verts.

Il y a également des contraintes logistiques : toutes les matières doivent être montées sur le toit ! Ainsi, tout le substrat et le bois de construction (pour bacs et zones de culture) ont du traverser le collège pour être amenés jusqu’en haut, ce qui met plus de temps que lorsqu’on vient directement déverser en bordure de champ.

Enfin, les conditions climatiques diffèrent d’une culture plein sol, avec beaucoup plus de vent ! Pour s’adapter aux conditions venteuses, qui diminuent la productivité des récoltes, Théodore et Thomas sont en réflexion pour mettre en place des bacs avec des arbres sur les bordures, pour créer un effet brise-vent. Dans ce cadre, il faut aussi étudier la compatibilité de la solution avec l’étanchéité du toit, que les racines des arbres pourraient endommager.

Qu’est-ce qui est cultivé ?

Le toit est végétalisé depuis peu : 2020 sera la première saison complète, même si 2019 a déjà été riche en fraisiers, framboisiers, cucurbitacées en tout genre… et le plan de culture est déjà bien rempli en 2020, entre maïs, haricot, courges, poireaux, roquette, oignon, laitue, carottes, betteraves, etc. et même quelques fruitiers supplémentaires (cassis, vigne, kiwi…).

Ce plan favorise la diversité en incluant également des plantes non directement comestibles, pour différentes raisons :

  • créer de la biomasse ou du paillage ;
  • effets de type push-pull : concentrer les nuisibles sur d’autres plantes ou au contraire s’en servir pour éloigner les nuisibles. Par exemple, en plantant les oeillets avec les tomates, on peut éloigner les nématodes des racines.

Les récoltes sont ensuite vendues, principalement à but de communication sur les activités de l’association et de rencontre des habitant·e·s. L’activité maraîchère n’est pas vivrière : ces ventes représentent moins de 5% du budget du potager.

Pourquoi cultiver en milieu urbain ?

Nourrir la ville

J’ai demandé à Théodore s’il pensait que l’agriculture urbaine pouvait nourrir la ville :

“Bien sûr que non, l’agriculture urbaine ne va pas nourrir la ville, mais par contre il faut pouvoir produire de la nourriture en ville, autant que possible. Je ne sais pas quelle part de la nourriture on va finir par produire et quelle part on peut produire mais ça ne sera jamais 100% des besoins, c’est impossible.

 

Et il y a aussi plusieurs types d’agriculture. Par exemple tous les restaurants collectifs qui nourrissent tous les midis des centaines ou des milliers de personnes, ça n’est pas la même agriculture ! Nous on fait notre petit jardin et on peut nourrir quelques dizaines de familles maximum, et encore. Ce n’est pas du tout pareil, et il ne faut pas opposer les différents types d’agriculture. Il y a les agricultures très productives, qui produisent vraiment du volume et des agricultures un peu plus vivrières. Nous là ce que l’on fait c’est plus sur le modèle de l’agriculture vivrière avec une diversité de production mais des petits volumes.

 

Après, dans l’agriculture urbaine, il y a des projets très technologiques, très high-tech, avec lumière artificielle, en intérieur, on contrôle complètement l’environnement, avec des systèmes aquaponiques, hydroponiques, donc il y a des solutions qui sûrement marchent bien et doivent être très productifs, mais là encore il faut essayer, car tout est à tester. Quoi qu’il arrive, plus on produit de nourriture en ville, mieux c’est selon moi.”

Si cultiver en ville permet de contribuer à l’autonomie alimentaire des milieux urbains, il est illusoire d’imaginer une totale autonomie sans prendre également en compte les milieux périurbains et ruraux. Ses premiers effets se voient cependant dans d’autres défis : maintien de la biodiversité, valorisation des déchets, rétention d’eau…

Pédagogie

Dans le cadre de Veni Verdi, le but principal des jardins urbains réside dans la pédagogie et l’échange avec l’établissement scolaire. Des projets en classes sont réalisés en collaboration avec des professeur·e·s, parmi lesquels :

  • ateliers en classe sur les oiseaux (fabrication de mangeoire, apprendre à reconnaître les oiseaux et leurs habitudes de vie) ;
  • mise en place d’un compostage : sensibilisation dans les classes pour inviter les élèves à ramener au moins une fois par mois leurs déchets ;
  • création d’un club jardin sur le temps du midi.

L’objectif est de multiplier les moments hors temps scolaire, pour favoriser l’autonomie et les projets personnels des collégien·e·s.

Le projet permet aussi de montrer aux élèves d’où provient ce qu’ils mangent au quotidien : la terre ! Si certains sont rebutés par la salade qui pousse dans le caca de ver de terre, ils comprennent peu à peu :

“C’est important de ne pas être trop moralisateur, j’essaie juste de leur faire prendre conscience d’où ça vient et que c’est précieux parce que ça met du temps à venir. De leur faire comprendre combien de temps on met pour avoir une tomate : s’ils comprennent ça et qu’ils le constatent de leurs propres yeux, peut-être qu’ils feront un peu plus attention.”

Créer des liens

En dehors du collège, l’association crée également de nombreux liens, parmi lesquels :

  • accueil hebdomadaire de bénévoles (principalement des personnes en reconversion pour le site de Germaine Tillion) ;
  • plus ponctuellement, accueil et conseil de particuliers ou d’entreprises qui se lancent et cherchent des conseils ;
  • sensibilisation du voisinage lors des événements ou ventes ;
  • participation aux 48h de l’agriculture urbaine organisées par La Sauge ;
  • échanges de pratiques, de matériels ou de bénévolat avec d’autres acteur·trice·s de l’agriculture urbaine comme Cycloponics (qui les fournit en mycelium) ou Pépins production (fourniture de plan).

En somme : une position entre particuliers, entreprises, collectivités, qui touche tous les âges et une multitude de parcours.

Face aux nouveaux défis urbains, les toits, qui représentent 32% des surfaces urbaines, sont une réelle opportunité pour rendre les villes plus durables. Cultiver sur un toit est un véritable défi technique, ne devant pas nuire à l’étanchéité de la toiture et respecter ses contraintes de portance. Cultiver en ville nécessite de réfléchir au “Comment”, c’est-à-dire d’adapter les techniques de cultures et choix de substrats, tout en étant attentif à son évolution dans le temps. 

Veni Verdi a pour but principal de partager et transmettre, principalement aux enfants. Faire comprendre d’où provient ce que l’on mange, faire le lien avec ce les apprentissages scolaires, et plus globalement se mettre en action. Pourquoi cultiver en ville ? Le jardin représente ici un lien social, entre habitant·e·s du quartiers, parents, enfants, bénévoles, membres de l’association ; c’est une bonne fin et bon moyen de faire bouger les choses.

Un grand merci à Théodore et Thomas de m’avoir accueillie au sein du collège, accordé du temps et surtout d’avoir répondu à mes questions de néophyte 🙂

Pour aller plus loin

  • Veni Verdi, bien sûr, pour découvrir leurs actions, leurs différents sites, soutenir l’association et peut-être même s’engager dans du bénévolat ?
  • Les Pariculteurs, pour parcourir les nouveaux appels à projet et les lauréats des éditions précédentes ;
  • Les 48h de l’agriculture urbaine, pour en apprendre davantage sur les cultures en ville ;
  • Une petite BD en ligne sur le site TheConversation, par Mathieu Ughetti et Baptiste Grard, sur un projet de recherche de culture maraîchère en toiture. On y cite Veni Verdi, et on apprend beaucoup, de manière ludique, sur les contraintes et enjeux de cultiver sur les toits ;
  • Pour les aficionados des podcasts, une interview de membres et bénévoles de l’association Veni Verdi, disponible sur le site de VIVREfm.

Tuto : planter de l’artémisia annua

Tuto : planter de l’artémisia annua

L’artémisia annua (sweet wormwood en anglais) est une plante annuelle, naturellement présente en Asie (notamment en Chine). Ses vertus médicinales sont connues et utilisées depuis des milliers d’années, et il serait dommage que l’on se prive !
La plante pourrait en effet traiter des infections telles que la malaria, la babésiose… Ou encore lutter contre le cancer !

Si vous voulez en apprendre plus sur cette plante, nous vous invitons à lire notre article sur l’artémisia, bientôt disponible.
En attendant, nous vous proposons ici un tutoriel pour planter vous-même votre artémisia chez vous.

Avant propos

  • La culture de l’artémisia en France est autorisée, mais son utilisation en tant que complément alimentaire ou médicament ne l’est pas. En apprendre plus sur le blog de kokopelli, section situation légale de l’artemisia.
  • Nous déclinons toute responsabilité de l’utilisation que vous ferez de votre artémisia une fois récoltée. Nous vous conseillons de bien vous renseigner sur cette plante et ses usages avant de la cultiver.
  • Ce tutoriel est militant : nous diffusons fièrement la campagne du site kokopelli pour libérer les plantes médicinales. Plus d’information ici.

Comment planter son artemisia

Où et quand semer ?

Vous pouvez semer l’artémisia annua en intérieur, pourvu que vous placiez le bac à semis dans un endroit lumineux. Il est également possible de le semer en extérieur sous un abri. Si vous semez en extérieur, n’oubliez pas de protéger votre bac avec un filet pour éviter les insectes ou oiseaux qui picorent les grains :).

L’artémisia annua prendra plus de temps à germer en hiver. Les graines germent en entre 5 jours et quelques semaines, en fonction de la saison et des conditions climatiques.

Se procurer des graines d’artémisia

Les graines de l’artémisia sont vraiment minuscules ! Il peut y avoir entre jusqu’à 8000 par g.

Graines d’artémisia annua dans la main de Colin

Les graines d’artémisia peuvent être achetées sur internet, une simple recherche Google pouvant vous permettre de comparer différents fournisseurs (www.le-jardin-ethnobotanique.fr, etc.).
Il y a fort à parier que du fait de l’interdiction de sa consommation en France, vous aurez des difficultés à en trouver dans un commerce avec pignon sur rue.

Ou sinon, rendez-vous sur le site de kokopelli pour participer à votre tour à la campagne de diffusion de l’artémisia !

Le matériel

Pour ce tutoriel, vous aurez besoin :

  • D’un peu de terreau et/ou de terre ;
  • (optionnel) Un tamis, pour retirer les impuretés de la terre ;
  • D’eau, pour humidifier la terre ;
  • D’un vaporisateur, pour vaporiser (hé oui…) ;
  • D’une poignée de sable, pour pouvoir y voir plus clair lors du semis ;
  • D’un bac en plastique, conçu pour la germination (ou de récupération comme nous : un ancien fond de bac à chat a fait l’affaire) ;
  • D’une cale en bois (ou équivalent), pour tasser la terre
  • Évidemment, des graines d’artémisia 🙂

La préparation de la terre

Avant de semer votre artémisia, il est préférable de s’assurer que la terre ait le moins d’impureté possible. Si possible, utilisez votre tamis pour homogénéiser le mélange. Notre tamis n’étant pas très fin, nous avons trié la terre manuellement.

Une fois le mélange homogène, il s’agit d’humidifier la terre. Ajoutez pour cela suffisamment d’eau pour la rendre bien humide (mais pas trop : on ne veut pas travailler dans de la bouillasse !).

Semer

Pour semer proprement, puisque les graines d’artémisia annua sont de taille minuscule, il est conseillé de mélanger les graines avec deux trois pincées de sable. Le sable rendra vos semis visibles, il sera plus facile d’être constant durant le semage.

Après avoir semé vos graines d’artémisia, tassez doucement la terre avec la cale de bois. Il est important que les graines d’artémisia restent en surface, elles germeront plus facilement.

Tassez la terre avec la cale en bois, mais pas trop

Colin qui tasse la terre avec la cale en bois sans trop appuyer

Puis, vaporisez de l’eau sur la terre pour la touche finale.

Pulvérisez votre bac de culture d'assez haut pour éviter le ruissellement

Pulvérisation d’eau sur le bac de culture d’artémisia annua

L’arrosage journalier

Nous vous recommandons de brumiser vos bébés plans d’artémisia deux fois par jour, une le matin et une le soir. Il ne faut pas trop arroser, et éviter tout ruissellement.

Aussi, il faut placer le bac des semis à proximité d’une source de lumière directe (par exemple, derrière une fenêtre !)

Placez votre bac de culture d'artémisia annua près d'une fenêtre à la lumière

Un bac de culture d’artémisia près d’une fenêtre, la position idéale pour planter en intérieur

L’évolution des semis au cours du temps

Nous allons ajouter dans cette section des photos de l’évolution de nos semis au cours du temps. 🙂

Comment déguster votre artémisia

Une fois qu’elle est récoltée, l’artémisia peut être consommée de plusieurs façons.

Il est par exemple possible d’utiliser un extracteur de jus pour récupérer le jus de l’artémisia annua ; une cuillère à soupe suffit pour la consommation d’une journée, diluée dans de l’eau ou dans un jus de fruits.

Colin la consomme sous forme de tisane : une fois séchée et broyée, il est possible de suivre différents protocoles durant plusieurs semaines, consommée de manière quotidienne.

L’artémisia annua séchée et broyée dans un récipient en plastique

Le protocole de base suivi par Colin pour un traitement contre la babésiose (donné à titre d’information — ceci n’est en aucun cas une prescription médicale !) est de faire infuser 5 grammes d’artémisia annua séchée pendant 15 minutes dans 1 litre d’eau bouillante, à consommer au long de la journée pendant 1 semaine ; puis, 3 grammes d’artémisia dans 500 ml d’eau pendant 4 semaines. Enfin, faire 2 semaines de pause puis recommencer le protocole en entier si besoin. (Pour information, la babésiose est un parasite du sang semblable au paludisme qui se transmet à l’homme par des piqures de tiques.)

Il est également possible de se procurer de l’artémisia séchée dans les herboristes chinois à Paris dans le 13e arrondissement (et probablement dans la plupart des herboristeries traditionnelles !)

La tisane d’artémisia à un petit gout amer assez caractéristique, mais il est facile de s’y habituer au fil des semaines. On notera que le breuvage s’oxyde et fonce au fil de la journée dans le thermos.

Plus de protocoles disponibles sur le blog de kokopelli. Dans ces protocoles, ce n’est pas tant la quantité d’artémisia annua qui est utilisée pour les infusions qui est importante, mais également le mode de consommation. Il faut en effet boire la tisane dans un thermos tout au long de la journée, pour que les effets restent constants.

Un verre de tisane d’artémisia annua

Pour aller plus loin

Des sites qu’on aime bien

 

Agroforesterie : kézako ?

Agroforesterie : kézako ?

L’agroforesterie est l’implantation par les agriculteur·trice·s sur leurs parcelles (de culture ou d’élevage) d’essences forestières (en résumé : des arbres). Les plantes peuvent être complémentaires et mieux pousser en symbiose.

Les motivations d’un·e agriculteur·trice quand il·elle s’installe en agroforesterie peuvent être multiples : diversifier ses sources de revenus, préparer le financement de sa retraite, ou encore augmenter la productivité d’un de ses sols devenus moins fertiles au fil des années. Les rendements culturaux peuvent en effet être augmentés, ce qui se traduit par moins de charges pour l’agriculteur (moins d’engrais et d’irrigation) et donc par des avantages économiques et écologiques.

L’agroforesterie se décline en mille et une techniques et relève d’un art complexe. Mais l’expérience prime et permet aux agriculteur·trice·s d’obtenir des revenus similaires, voire supérieurs, lorsqu’ils connaissent les méthodes adaptées à leurs terres. Des exemples classiques d’agroforesterie pourraient être la culture de noyers en rangs dans les champs de blé ou les vergers potagers avec plusieurs arbres fruitiers entourés de légumes et de céréales.

Un petit peu d’histoire

Des propriétés naturelles

L’agroforesterie repose sur les propriétés naturelles des plantes. Dans la nature, les végétaux poussent rarement seuls : la richesse des forêts vierges nous donne une idée de cette diversité. Les écosystèmes se sont constitués sur plusieurs millions d’années. Les végétaux complémentaires se sont développés en symbiose : l’un fournissant de l’ombre, l’autre de la fraîcheur… Ces heureux mariages permettent souvent à la nature de produire des fruits et légumes en plus grande quantité ; la complémentarité des végétaux augmentant la productivité.

Parmi les principales raisons de la complémentarité de certaines plantes, on peut citer :

  • la manière de pousser de l’une qui peut aider la seconde à croître : le maïs fournit par exemple un excellent tuteur aux haricots ;
  • le fait que l’une des deux plantes repousse les insectes prédateurs de sa protégée et inversement : certaines plantes sont hôtes d’insectes ou d’animaux auxiliaires ;
  • des plantes (tubercules par exemple) libèrent de l’azote en se décomposant dans le sol, azote utile et nécessaire à la croissance de leurs voisines;
  • certaines plantations libèrent des substances intéressantes à d’autres dans la terre.

Une histoire millénaire

Jusqu’à la découverte de l’agriculture (8000 av. J.-C.) et la sédentarisation des humains, les peuplades de chasseurs-cueilleurs tiraient profit de cette organisation naturelle. Puis, l’humain prit peu à peu l’habitude de cultiver les céréales en monoculture, en supprimant ces liens naturels et si profitables entre les végétaux.

On trouve tout de même une trace de l’agroforesterie dès l’antiquité, où les céréales étaient plantées à proximité des oliviers en méditerranée. Le moyen âge est aussi propice à ce mode de culture, utilisé au profit de la monoculture. On imagine facilement que pour les cultures vivrières, disposer d’une diversité de culture était salutaire pour l’alimentation des hommes.

C’est dans le milieu du XXe siècle que les agriculteur·trice·s ont commencé à travailler la terre en monocultures massives. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les agriculteur·trice·s étaient en effet largement incités par les politiques européennes à surproduire. À cette époque, les pesticides n’étaient pas très coûteux, fonctionnaient bien et les machines agricoles se sont démocratisées. Les rendements ont rapidement explosé et ont alors permis à la population de croître rapidement.

Malheureusement, ces procédés de production ont participé au déclin de la biodiversité, en supprimant peu à peu les arbres et végétaux présents sur les sites pour simplifier le passage de grandes machines agricoles. Ce phénomène s’est amplifié au XXIe siècle en Europe, notamment pour des raisons administratives lors du déploiement de la Politique Agricole Commune.

Photo par meriç tuna

De nouvelles problématiques

Le problème, c’est que depuis quelques années, les champignons et maladies sont biens plus résistants, les produits chimiques bien plus complexes, plus chers — et leur dangerosité est désormais plus connue… Paradoxalement, plus nous utilisons des pesticides, plus nous en avons besoin pour produire, c’est un cercle vicieux.

Certains agriculteur·trice·s ont alors eu l’idée d’intercaler des rangs d’arbres (à bois ou à fruits) en plein cœur de leurs monocultures (fruits et légumes, céréales, ou autre). Ils miment l’organisation naturelle des paysages d’antan. Ce sont souvent des rangs d’arbres espacés d’une quinzaine de mètres, avec un arbre tous les dix-quinze mètres : noyers, arbres fruitiers, bois précieux, etc. Les arbres retirent un peu de surface cultivable, car les machines agricoles ne peuvent pas passer entre eux.

Les agriculteur·trice·s se sont vite rendu compte des bienfaits de ces modes de culture remis au goût du jour : si les arbres mettent du temps à pousser, mais les conséquences pour le sol se font néanmoins sentir rapidement. Les racines des arbres favorisent la rétention d’eau des sols et limitent l’érosion ; elles permettent aussi de puiser l’eau plus profondément dans la terre. Les arbres aident les insectes auxiliaires (ceux utiles aux cultures, prédateurs naturels des parasites, fertilisateurs des sols, etc.) à se multiplier. Les besoins en produits chimiques sont alors amoindris par ce nouvel écosystème favorable et la productivité des sols améliorée. Les besoins en intrant sont diminués : eau, fertilisants, produits chimiques… Les pertes éventuelles de terrain cultivable sont donc très souvent compensées par le regain de productivité des sols.

 

Des exemples d’agroforesterie, tirés du site https://wikimedia.org

Un nouveau paradigme

Les agriculteur·trice·s rentrent dans un nouveau paradigme de culture: non seulement les coûts d’exploitation sont réduits, mais les arbres plantés sont valorisables. À moyen terme, leurs fruits peuvent être utilisés et vendus, ainsi que le bois de l’arbre après quelques dizaines d’années. Un noyer de quarante ans peut par exemple se vendre à 1500 euros l’unité pour l’exploitation de son bois. On comprend rapidement que l’investissement sur le long terme pourra permettre à certains agriculteur·trice·s de financer leur retraite.

Il est à noter que l’agroforesterie jouera a priori un rôle assez important pour le changement climatique. Les arbres recréent en effet un écosystème et créent une zone protectrice contre les aléas climatiques :

  • concernant la sécheresse, les arbres aident à la restructuration des sols en créant des porosités qui favorisent l’absorption de l’eau ; ils jouent donc aussi un rôle dans la rétention de l’eau et réduisent la chaleur sur les terrains.
  • concernant les tempêtes, les arbres peuvent avoir un effet coupe-vent, le vent pouvant coucher les céréales et baisser les rendements.

L’agroforesterie a un double rôle d’adaptation de l’agriculture au changement climatique (en rendant les systèmes plus résilients) et d’atténuation du changement climatique (en faisant office de puits de carbone).

Photo par Kai Pilger

Mise en pratique

Il existe des milliers de techniques d’agroforesterie différentes — une par terrain à exploiter, chacun ayant ses spécificités, son type de terre. Les principes généraux s’appliquent très souvent, mais l’expérimentation et l’apprentissage de son terrain priment pour l’exploitant. Parmi les paramètres à prendre en compte, on retrouve :

  • la stratégie de plantation : par exemple, dans le cas d’une plantation de blé et noyers, il peut être judicieux de planter le blé en hiver pour avoir plus d’ensoleillement (plus de feuille dans les arbres) ;
  • le choix de l’essence d’arbre à planter, qui relève d’une synergie entre les besoins de l’agriculteur·trice à un instant donné et les possibilités offertes par la nature et par les conditions climatiques (actuelles… et futures — l’essence de l’arbre doit être adaptée au climat de dans 15 années en prenant en considération le réchauffement climatique). Les questions que peut se poser l’exploitant·e sont nombreuses : souhaite-t-il·elle valoriser les fruits ? Plutôt le bois précieux après des années de pousse ? Quelles ont étés les stratégies employées par les exploitant·e·s précédent·e·s ? Les réponses influenceront fortement la réflexion et la conception du projet.
  • entretien : en agroforesterie, prendre soin de ses arbres est une évidence. L’exploitant·e doit se charger de les tailler pour leur assurer une croissance lente et stable, s’assurer de leur santé… Mais il ne doit pas en faire trop : l’arbre doit rester autonome et résilient. Par exemple, il faut éviter d’irriguer un arbre, de le tuteurer à outrance, etc. L’objectif est réellement de renforcer un écosystème, non pas de le perfuser.
  • les alliages de plantes : les forêts comestibles [2 p. 49] peuvent parfois compter plus de 300 espèces par hectare et sont réellement productives. Il ne faut pas limiter sa créativité… Tant que le terrain le permet  !

Enfin, il est à noter que l’agroforesterie n’est pas nécessairement biologique et peut être mise en place en agriculture conventionnelle.

Les mots clefs de l’agroforesterie

– Complémentarité : chaque plante dispose d’alliers naturels puissants
– Productivité : elle peut augmenter de 30 à 60% ! [1]
– Diversité : par opposition à la monoculture, les productions sont plus variées pour l’exploitant·e
– Fertilité : l’agroforesterie est bénéfique pour les sols très rapidement
– Biodiversité : les insectes auxiliaires et la vie en général vont se développer rapidement et dans de meilleures conditions
– Lutte contre le changement climatique : les arbres sont des puits de carbone très efficaces et ajoutent de la résilience aux systèmes agricoles

L’infographie qui résume tout

Pour aller plus loin

Des sites qu’on aime bien

https://www.agroforesterie.fr/agroforesterie-contributions.php : pour une définition de l’agroforesterie en 10 points et un schéma très clair smile

http://www.fao.org/3/i1861f/i1861f08.pdf : un cours très complet pour absolument tout savoir sur l’application de l’agroforesterie en Afrique, notemment pour lutter contre le réchauffement climatique !

Références

[1] : https://www.agriculture-nouvelle.fr/agroforesterie/

[2] : Dupraz, Christian, and Fabien Liagre. Agroforesterie: des arbres et des cultures. France Agricole Editions, 2008. 

[3] : https://infographies.agriculture.gouv.fr/post/98304007262 : Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt © Les infographies 2014–2020