Cultiver le toit des collèges avec Veni Verdi

Cultiver le toit des collèges avec Veni Verdi

Cultiver en ville, notamment dans une ville à très forte densité comme Paris, représente à la fois un défi technique et des enjeux environnementaux, alimentaires et sociaux forts. Sur le toit de collèges parisiens, l’association Veni Verdi crée des potagers urbains et vise à stimuler dès le plus jeune âge le rapport du citadin au végétal, à son alimentation et à la société.

Comment cultiver sur un toit ? Pourquoi cultiver sur un établissement scolaire ? J’ai rencontré Théodore, responsable du potager du collège Germaine Tillion, dans le 12e arrondissement de Paris.

Excursion sur le toit du collège Germaine Tillion

Veni Verdi, kézaco ?

L’association

Veni Verdi est une association qui crée des jardins en milieu urbain, dans un but de formation et de partage. Depuis 2010, plusieurs potagers et micro-fermes (dont cinq en milieu scolaire) ont été montés et animés par l’association, ses responsables de site, les élèves et les bénévoles.

Au-delà de l’aménagement de jardins urbains, les activités de l’association sont variées :

  • animations pédagogiques dans les écoles et collèges
  • vente de la production
  • aide à la création de jardins partagés pour les collectivités et les bailleurs sociaux
  • formations découvertes ou professionnalisantes, autour de la biologie végétale et de l’agriculture urbaine (plus de détails sur leur site internet)

Les sites

Les sites se situent à Paris et se répartissent principalement dans l’est de la ville. Si les sites sont gérés par des responsables différent·e·s, ils ont tous en commun la même logique de culture (aucun intrant chimique) et leur raison d’être réside dans le partage et la pédagogie.

J’ai visité celui du collège Germaine Tillion, dans le 12e arrondissement et j’y ai rencontré Théodore, en charge du développement et de l’animation de ce jardi. Après une formation en économie et des expériences dans la culture, il cherchait à travailler dans l’agriculture : il a d’abord rejoint l’association Veni Verdi en qualité de bénévole, puis service civique, avant d’être salarié et responsable du site. Il est accompagné de Thomas, qui vient de débuter un service civique.

Plan des établissements scolaires verdis par l’association.
Source : Veni Verdi

RDV sur le toît du collège Germaine Tillion

Le potager se situe à l’intérieur du collège, sur le toit de l’établissement. Les 1130m² se répartissent sur plusieurs niveaux, dont la moitié a déjà été aménagée. Le toit du collège a été proposé par la ville de Paris en 2018, lors de la deuxième session de l’appel à projet Parisculteurs, programme qui vise à végétaliser la ville de Paris.

Veni Verdi a remporté l’appel d’offre grâce à son projet mêlant agriculture et pédagogie et ses expériences d’agricultures urbaines en milieu scolaire.

Après des travaux entre 2018 et 2019, l’installation a pu commencer en mai 2019. Il y a eu quelques récoltes l’an dernier et Théodore entame sa première saison complète cette année.

Comment cultiver sur un toit ?

Cultiver en ville

Cultiver en ville n’est pas un phénomène nouveau, l’agriculture étant essentielle à l’activité humaine et ayant permis la sédentarisation. La nouveauté concerne davantage les nouvelles formes et nouveaux espaces d’agriculture urbaine, comme les toits.

Ce retour à la ville s’accompagne en effet de contraintes : le foncier est cher, il y a peu d’espace, les terres peuvent être polluées par les activités humaines et industrielles. Avant de cultiver en pleine terre, il convient de se renseigner sur l’historique du sol et de faire une analyse des polluants pouvant se retrouver dans les fruits et légumes consommés.

En sol ou sur un toit, il faut également surveiller la qualité de l’eau d’irrigation : l’eau récupérée peut avoir ruisselé sur les toitures en zinc et être chargée en pollution. Idem pour le compost : il faut éviter de composter les plantes polluées, même s’il est efficace pour se débarasser de certains polluants.

Si vous souhaitez creuser plus en détail ce sujet, fablabo y a consacré un article très complet et passionnant ! Nous allons également bientôt dédier un article à l’agriculture urbaine 🙂

Spécificités de la culture en toit

En plus des contraintes inhérentes à la ville, cultiver sur un toit nécessite un véritable aménagement. D’importants travaux ont par exemple été réalisés pour préserver l’étanchéité du toît. La portance est également à prendre en compte : il faut répartir le poids sur le toit et choisir un substrat (un mélange de terre) qui n’est pas trop lourd. À Germaine Tillion, le choix s’est porté sur une association de broyat (bois broyé) et de compost, plus léger que la terre, provenant de plateformes qui recyclent les déchets verts.

Il y a également des contraintes logistiques : toutes les matières doivent être montées sur le toit ! Ainsi, tout le substrat et le bois de construction (pour bacs et zones de culture) ont du traverser le collège pour être amenés jusqu’en haut, ce qui met plus de temps que lorsqu’on vient directement déverser en bordure de champ.

Enfin, les conditions climatiques diffèrent d’une culture plein sol, avec beaucoup plus de vent ! Pour s’adapter aux conditions venteuses, qui diminuent la productivité des récoltes, Théodore et Thomas sont en réflexion pour mettre en place des bacs avec des arbres sur les bordures, pour créer un effet brise-vent. Dans ce cadre, il faut aussi étudier la compatibilité de la solution avec l’étanchéité du toit, que les racines des arbres pourraient endommager.

Qu’est-ce qui est cultivé ?

Le toit est végétalisé depuis peu : 2020 sera la première saison complète, même si 2019 a déjà été riche en fraisiers, framboisiers, cucurbitacées en tout genre… et le plan de culture est déjà bien rempli en 2020, entre maïs, haricot, courges, poireaux, roquette, oignon, laitue, carottes, betteraves, etc. et même quelques fruitiers supplémentaires (cassis, vigne, kiwi…).

Ce plan favorise la diversité en incluant également des plantes non directement comestibles, pour différentes raisons :

  • créer de la biomasse ou du paillage ;
  • effets de type push-pull : concentrer les nuisibles sur d’autres plantes ou au contraire s’en servir pour éloigner les nuisibles. Par exemple, en plantant les oeillets avec les tomates, on peut éloigner les nématodes des racines.

Les récoltes sont ensuite vendues, principalement à but de communication sur les activités de l’association et de rencontre des habitant·e·s. L’activité maraîchère n’est pas vivrière : ces ventes représentent moins de 5% du budget du potager.

Pourquoi cultiver en milieu urbain ?

Nourrir la ville

J’ai demandé à Théodore s’il pensait que l’agriculture urbaine pouvait nourrir la ville :

“Bien sûr que non, l’agriculture urbaine ne va pas nourrir la ville, mais par contre il faut pouvoir produire de la nourriture en ville, autant que possible. Je ne sais pas quelle part de la nourriture on va finir par produire et quelle part on peut produire mais ça ne sera jamais 100% des besoins, c’est impossible.

 

Et il y a aussi plusieurs types d’agriculture. Par exemple tous les restaurants collectifs qui nourrissent tous les midis des centaines ou des milliers de personnes, ça n’est pas la même agriculture ! Nous on fait notre petit jardin et on peut nourrir quelques dizaines de familles maximum, et encore. Ce n’est pas du tout pareil, et il ne faut pas opposer les différents types d’agriculture. Il y a les agricultures très productives, qui produisent vraiment du volume et des agricultures un peu plus vivrières. Nous là ce que l’on fait c’est plus sur le modèle de l’agriculture vivrière avec une diversité de production mais des petits volumes.

 

Après, dans l’agriculture urbaine, il y a des projets très technologiques, très high-tech, avec lumière artificielle, en intérieur, on contrôle complètement l’environnement, avec des systèmes aquaponiques, hydroponiques, donc il y a des solutions qui sûrement marchent bien et doivent être très productifs, mais là encore il faut essayer, car tout est à tester. Quoi qu’il arrive, plus on produit de nourriture en ville, mieux c’est selon moi.”

Si cultiver en ville permet de contribuer à l’autonomie alimentaire des milieux urbains, il est illusoire d’imaginer une totale autonomie sans prendre également en compte les milieux périurbains et ruraux. Ses premiers effets se voient cependant dans d’autres défis : maintien de la biodiversité, valorisation des déchets, rétention d’eau…

Pédagogie

Dans le cadre de Veni Verdi, le but principal des jardins urbains réside dans la pédagogie et l’échange avec l’établissement scolaire. Des projets en classes sont réalisés en collaboration avec des professeur·e·s, parmi lesquels :

  • ateliers en classe sur les oiseaux (fabrication de mangeoire, apprendre à reconnaître les oiseaux et leurs habitudes de vie) ;
  • mise en place d’un compostage : sensibilisation dans les classes pour inviter les élèves à ramener au moins une fois par mois leurs déchets ;
  • création d’un club jardin sur le temps du midi.

L’objectif est de multiplier les moments hors temps scolaire, pour favoriser l’autonomie et les projets personnels des collégien·e·s.

Le projet permet aussi de montrer aux élèves d’où provient ce qu’ils mangent au quotidien : la terre ! Si certains sont rebutés par la salade qui pousse dans le caca de ver de terre, ils comprennent peu à peu :

“C’est important de ne pas être trop moralisateur, j’essaie juste de leur faire prendre conscience d’où ça vient et que c’est précieux parce que ça met du temps à venir. De leur faire comprendre combien de temps on met pour avoir une tomate : s’ils comprennent ça et qu’ils le constatent de leurs propres yeux, peut-être qu’ils feront un peu plus attention.”

Créer des liens

En dehors du collège, l’association crée également de nombreux liens, parmi lesquels :

  • accueil hebdomadaire de bénévoles (principalement des personnes en reconversion pour le site de Germaine Tillion) ;
  • plus ponctuellement, accueil et conseil de particuliers ou d’entreprises qui se lancent et cherchent des conseils ;
  • sensibilisation du voisinage lors des événements ou ventes ;
  • participation aux 48h de l’agriculture urbaine organisées par La Sauge ;
  • échanges de pratiques, de matériels ou de bénévolat avec d’autres acteur·trice·s de l’agriculture urbaine comme Cycloponics (qui les fournit en mycelium) ou Pépins production (fourniture de plan).

En somme : une position entre particuliers, entreprises, collectivités, qui touche tous les âges et une multitude de parcours.

Face aux nouveaux défis urbains, les toits, qui représentent 32% des surfaces urbaines, sont une réelle opportunité pour rendre les villes plus durables. Cultiver sur un toit est un véritable défi technique, ne devant pas nuire à l’étanchéité de la toiture et respecter ses contraintes de portance. Cultiver en ville nécessite de réfléchir au “Comment”, c’est-à-dire d’adapter les techniques de cultures et choix de substrats, tout en étant attentif à son évolution dans le temps. 

Veni Verdi a pour but principal de partager et transmettre, principalement aux enfants. Faire comprendre d’où provient ce que l’on mange, faire le lien avec ce les apprentissages scolaires, et plus globalement se mettre en action. Pourquoi cultiver en ville ? Le jardin représente ici un lien social, entre habitant·e·s du quartiers, parents, enfants, bénévoles, membres de l’association ; c’est une bonne fin et bon moyen de faire bouger les choses.

Un grand merci à Théodore et Thomas de m’avoir accueillie au sein du collège, accordé du temps et surtout d’avoir répondu à mes questions de néophyte 🙂

Pour aller plus loin

  • Veni Verdi, bien sûr, pour découvrir leurs actions, leurs différents sites, soutenir l’association et peut-être même s’engager dans du bénévolat ?
  • Les Pariculteurs, pour parcourir les nouveaux appels à projet et les lauréats des éditions précédentes ;
  • Les 48h de l’agriculture urbaine, pour en apprendre davantage sur les cultures en ville ;
  • Une petite BD en ligne sur le site TheConversation, par Mathieu Ughetti et Baptiste Grard, sur un projet de recherche de culture maraîchère en toiture. On y cite Veni Verdi, et on apprend beaucoup, de manière ludique, sur les contraintes et enjeux de cultiver sur les toits ;
  • Pour les aficionados des podcasts, une interview de membres et bénévoles de l’association Veni Verdi, disponible sur le site de VIVREfm.