Les low-techs : kézako ?

Les low-techs : kézako ?

La low-tech (littéralement basse technologie en français) est un ensemble d’outils et de techniques simples, économiques et écologiques. Les low-techs sont pensées pour répondre aux besoins vitaux des populations : accès à l’énergie, à l’alimentation, à l’eau potable, aux déplacements des êtres humains, etc.

Photo by Markus Spiske

Une nouvelle philosophie

Les low-techs s’inscrivent dans une philosophie de vie où il ne s’agit pas de surconsommer pour répondre au moindre de ses besoins ni de se rendre dépendant d’outils complexes et plus ou moins fiables, issus des high-techs. Au contraire, les objectifs sont de gagner en résilience et en autonomie, tout en considérant nos besoins en technologie de la manière la plus simple possible… Ou encore de réduire ses besoins !

La philosophie low-tech en tant que telle n’est pas totalement incompatible avec l’industrie. Prenons l’exemple du vélo : il est difficile à construire et nécessite de nombreux matériaux et minerais, et de nombreuses machines et procédés qu’un·e simple cycliste saurait difficilement improviser. Mais une fois construit, il est facilement réparable avec des pièces détachées, ne nécessite pas de carburant et il permet de répondre à un besoin en déplacement. S’il est bien entretenu, un vélo est quasiment inusable et correspond totalement à la logique d’autonomie, de résilience et d’écologie propre aux low-techs. Low-tech ne rime donc pas du tout avec technologie rétrograde : il est hors de question de retourner à l’âge de pierre et de taper frénétiquement deux silex entre eux ! Les solutions restent plus simples, mais peuvent être utilisées pour des besoins complexes : générer de l’électricité avec une éolienne low-tech faite de récupérations par exemple.

Une fois construites, les pièces d’un vélo sont pratiquement inusables, si bien entretenues ! Il reste tout de même difficile de les fabriquer à la main sans processus industriel…

Photo by Florencia Viadana on Unsplash

Des impacts écologiques amoindris

Concernant les outils low-techs, leurs impacts écologiques sont naturellement réduits, de par leur utilisation (raisonnée) et de par leur conception (recyclée). Ils sont en effet peu coûteux et généralement construits à base de matériaux de récupération. Les intérêts sont divers : économie de moyens financiers et conscience écologique notamment. Souvent, les low-techs n’utilisent pas d’énergies fossiles pour fonctionner.

Les inventeur·trice·s cherchent à résoudre des problématiques concrètes de société le plus simplement et efficacement possible. L’optique n’est pas consumériste ni capitaliste, il ne s’agit pas de fabriquer des outils innovants pour les vendre. Les concepteur·trice·s rendent d’ailleurs souvent les plans de leurs inventions publics et gratuits, afin de les diffuser et permettre au citoyen ou à la citoyenne lambda de concevoir à son tour son outil… Et même de l’améliorer. Les personnes intéressées par un outil devront souvent mettre la main à la pâte et le construire elles-mêmes : le savoir-faire humain est privilégié. C’est d’ailleurs un bon moyen de réfléchir à la base du besoin, les outils sont rarement triviaux à fabriquer et le temps passé à la construction doit être rentabilisé. Ces technologies participent au bien commun : elles peuvent permettre d’améliorer la productivité d’un·e paysan·ne grâce à des outils plus ergonomiques, permettre de potabiliser l’eau (exemple avec ce filtre à eau en céramique), de conserver les aliments et bien plus encore.

Les acteur·trice·s du low-tech, concepteur·trice·s et utilisateur·trice·s, sont lié·e·s par cette envie de répondre à leur propre besoin de la manière la plus autonome et responsable possible. Ils/Elles reprennent doucement contrôle de leur environnement matériel. Aujourd’hui, combien sommes-nous à savoir réparer un ordinateur ? Et combien sommes-nous à être entièrement dépendant de cet espace numérique ? L’artisan·ne low-tech est capable de construire et réparer son outil, de l’améliorer et de cette manière garde son entière maitrise.

Exemple de low-techs et leurs usages à travers le monde

On trouve différentes low-techs à travers le monde. Comme ces technologies sont par définition locales, elles s’adaptent aux besoins des populations sur un endroit donné. Cela dépend aussi des matières premières présentes sur place pour la production des technologies : qu’utiliser et que recycler pour créer un outil ?

En Europe, le développement de low-tech agricole est en marche. Plus particulièrement, l’atelier paysan met à disposition en France depuis quelques années des plans de machines agricoles low-techs. Ces dernières peuvent être construites par les paysan·ne·s intéressé·e·s lors de stages organisés par l’atelier, ou en complète autonomie si leur niveau technique est suffisant. Les outils sont ensuite facilement réparables et adaptables aux besoins spécifiques de chacun·e. Ces plans sont open source : cela signifie qu’ils sont mis à l’entière disposition de la communauté et que chaque personne peut les adapter à ses besoins gratuitement. 

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L’atelier paysan permet aux agriculteur·trice·s de contruire leur propre machine agricoles. Ci-dessus, un exemple d’appareil à désherbage

Source: flickr de l’atelier paysan

Un engouement pour les tiny houses écologiques se fait également ressentir. Les tinyers construisent eux-mêmes des maisons de 20-25m² sur remorque et prônent un mode de vie simple et minimaliste – et cela se rapproche des principes low-techs. De nombreuses expérimentations ont étés effectuées par deux aficionados des low techs (voir cette page sur les habitats pilote du low-tech lab). L’objectif était de documenter les techniques et technologies à mettre en oeuvre pour limiter l’impact de son logement sur l’environnement. Les techniques sont diverses : utilisation de l’eau, conservation des aliments, recyclage de l’eau dans la douche, etc.

Photo by Andrea Davis on Unsplash

Sur le continent africain, le recyclage est de mise : le manque de moyens et d’infrastructures pousse les inventeur·trice·s à constamment innover pour avancer. Fours solaires aluminés, éoliennes recyclées, rien n’arrête leur créativité pour améliorer leurs conditions de vie avec les moyens du bord. Au Sénégal, des inventeur·trice·s ont cherché à démocratiser l’accès à l’électricité, encore difficile dans cette région du monde. Les concepteur·trice·s ont recyclé des moteurs d’imprimante, des moyeux de voitures, des tubes en métal et des pédaliers de vélo pour fabriquer une éolienne. Ces matériaux étaient disponibles sur place (à l’instar de la bobine aimantée qui génère habituellement l’électricité, qui n’était pas facilement disponible, car trop complexe). Et après 5 jours de travail, l’élaboration du prototype était complet pour des prix défiants toute concurrence !

Sources : Un tutoriel low-tech labun reportage sur medium.

L’éolienne low tech, par le low-tech lab

La question de l’ordinateur est importante dans cet écosystème. En effet, il est plus facile de chercher des plans, communiquer et créer des low-techs avec cet outil qui a pris une part de lion dans notre quotidien depuis les trois dernières décennies. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe aussi des ordinateurs low-techs. Le plus connu est le raspberry pi : cet ordinateur fait la taille d’une carte de crédit et est très peu coûteux à produire. Il est assez puissant pour une utilisation assez avancée, fonctionne sur un système d’exploitation libre et gratuit, et peut même être intégré aux sein même des low techs : sa petite taille permet de le glisser partout ou un ordinateur est nécessaire, pour commander des mouvements d’un automate agricole par exemple. Les possibilités offertes par ce dispositif semblent sans limites.

Ci-contre, photo d’un micro ordinateur Raspberry pi, photo par Jeff Loucks on Unsplash

Les mots clefs des low-techs

  • Autonomie : être capable de fabriquer, réparer, recycler soi-même ses propres outils
  • Ingéniosité : répondre à un besoin de manière créative et très adaptée
  • Écologie : ne pas (trop) polluer en fabriquant un outil
  • Économie : se baser sur le recyclage et sur l’utilisation de ressources disponibles, pour économiser de l’argent et épargner la planète
  • Communauté : créer pour et par la communauté, améliorer et communiquer autour des créations
  • Transition : les acteur·trice·s des low-tech croient à un avenir fait de sobriété et de simplicité pour améliorer les conditions de vie

Pour aller plus loin

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